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Les chiffres chinois (1)

Par 12 décembre 2017 Aucun commentaire

On dit souvent que les Chinois sont très forts en mathématiques, qu’ils aiment les chiffres voire même leur donne une signification divinatoire.

La relation des chinois aux chiffres est particulière, les chiffres ne sont pas uniquement utilisés pour compter ou calculer-après tout ce sont eux qui ont inventé le boulier- ils incarnent un sens, on leur donne presque un pouvoir magique.

Ainsi le un 一 incarne l’unité, le commencement. Dans le Dao De Jing on trouve une phrase qui dit « le Dao crée l’un, l’un crée le deux, le deux crée le trois et le trois crée la multitude » c’est donc le chiffre fondateur, celui d’où tout part. C’est aussi le premier trait que l’on apprend en calligraphie : le trait horizontal. Enfin on dit que 一分为二 le un se divise en deux, c’est donc une vision dialectique et relative du un qui nous amène à deux.

Le deux 二 est un chiffre d’une extrême importance et on peut le voir à l’attention qui lui est porté puisqu’on ne trouve pas moins de trois classificateurs pour compter par deux : 两 双 对 et pour les Chinois les plus belles choses vont par paires 好事成双, un couple pourra se dire 二人世界littéralement le monde de deux personnes, le double-caractère du bonheur 囍 que l’on colle sur les portes des maisons lors des mariages en guise de porte-bonheur, et lorsque l’on fait les choses bien on dit que l’on 两全其美 . Le deux peut aussi signifier stupide, bête avec une nuance de dérision personnelle : 很二!

Comme le dit le Dao De Jing, le deux amène le trois et le chiffre trois 三 san a lui aussi un connotation particulière qui a presque une puissance architectonique puisqu’il est l’archétype de la construction du monde天地人 三才 tiandirensancai le Ciel, la Terre les trois essences. L’on explique aussi l’évolution de l’Homme à la préhistoire par la légende des Trois Empereurs 三皇 sanhuang à qui sont attribués des évolutions historiques de l’Homme préhistorique. Confucius lui range trois différents types d’amis sous la désignation des 三友 sanyou.

La culture philosophique chinoise est elle-même composée de trois enseignements fondateurs : Le confucianisme, le bouddhisme et le daoisme 三家:儒释道 rushidao.

L’histoire mouvementée de la fin des Han (vers – 400 après J.C) relatée dans les chroniques historiques des Trois Royaumes : Wei, Shu, Wu sous le titre《三国志》sanguozhi et L’Epopée des Trois Royaumes sous le titre《三国演义》sanguoyanyi est généralement désignée sous le nom de 三国 sanguo.

Le chiffre trois peut aussi être utilisé pour exprimer une petite quantité comme en Français dans l’expression « en deux mots » par三言两语 sanyanliangyu : « trois mots et deux phrases ».

Avec le chiffre quatre on quitte la graphie minimale des trois chiffres fondateurs 一 二 三 pour entrer dans la multitude… 四 si ce chiffre à connotation supersticieuse ne se trouve normalement pas dans les numéros de chambre d’hôtel ou d’étages et est très souvent évité dans les numéros de téléphone portable et les plaques d’immatriculation. Finalement il est presque l’équivalent du nombre 666 dans la culture occidentale. Ce chiffre « maudit » a en effet la même prononciation -à un ton près- que « mourir » 死 si.

Pourtant, on peut conjurer le sort en ayant une famille avec “quatre génération sous un même toit” 四世同堂 sishitongtang ce qui est l’idéal de la famille chinoise et aussi le titre d’un roman de Laoshe très apprécié en Chine. Le quatre est un chiffre lui aussi un symbole culturel puisqu’il est utilisé pour désigner les Quatres Livres 四书 : Les Entretiens de Confucius, La Grande Etude, Le Juste Milieu, Mencius qui sont la Bible de tout confucianiste averti et désigne également les Quatre Classiques de la Littérature 四大名著 sidamingzhu qui sont L’Epopée des Trois Royaumes, Le Roman au Bord de l’Eau, Le Voyage vers l’Ouest et Le Rêve dans le Pavillon Rouge. De quoi vous tenir en haleine jusqu’au cinq…

Le cinq 五 wu nous emmène de plus en plus loin dans la multitude. C’est le chiffre qui, associé au quatre 四si exprime un nombre important de choses comme dans 五湖四海 wuhu sihai “les cinq lacs et quatre mers” qui signifie “toutes les parties du monde”.

Le cinq comme le trois ou le quatre a aussi un rôle “fourre-tout” : on l’utilise en médecine pour désigner les cinq vicères 五脏 qui sont le coeur, le foie, la rate, les poumons et les reins et désigne en général toutes les parties vicérales du corps humain. On le retrouve dans une expression populaire : le moineau est petit mais il a toutes ses vicères 麻雀虽小五脏俱全 qui veut dire bien que les choses soient petites elles sont quand même complètes.

Comme vous avez certainement du le remarquer les Chinois procèdent souvent par classement ainsi le cing Le cinq permet de désigner les cinq montagnes sacrées chinoises :五岳 wuyue qui sont le Mont Tai à l’est、le mont Hua à l’ouest、le mont Heng au sud, le mont Heng au nord et le mont Song au centre. Le cinq représente aussi les cinq directions 五方 wufang : est-ouest-sud-nord-centre alors que nous n’en avons que quatre en français : nord, sud, est, ouest.

Enfin dans la littérature, les cinq classiques : 五经 wujing qui sont associés aux quatre livres 四书 pour former le corpus de littérature morale chinoise. On y trouve le Yiking, Les Mémoires Historiques, le Classique des Odes, le Classique des Rites et les Mémoires des Printemps et Automnes. A ce stade, le cinq implique la fin et le début d’un nouveau cycle qui nous amènera jusqu’au dix.

Par Sébastien

 

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