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D’une Chine à l’autre : témoin du grand bond en avant de la modernisation

Par 21 février 2018 Aucun commentaire
Cet article est disponible en chinois traduit par Cécilia 这篇文章也有中文版本, 法译中Cécilia

C’est en 1983 que je suis allé avec mon épouse pour la première fois en Chine, au tout début des « Quatre modernisations » lancées par Deng Xiao Ping le pragmatique (« peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape les souris ») : le pays était encore très pauvre et rural. Trois anecdotes m’ont alors beaucoup frappé et témoignent des formidables changements advenus depuis cette période « pré-moderne ».

Arrivés à Pékin, nous avons séjourné dans un hôtel modeste et quelle ne fut pas ma surprise le matin de bonne heure de voir, au milieu de la rue, un cheval tirant une charrette dans laquelle les habitants venaient à tour de rôle verser le contenu des seaux en bois qui leur servaient de pot de chambre, urine et excréments humains qui allaient ensuite servir d’engrais dans les champs de légumes alentour.

Plus tard, nous sommes allés à Shanghai où notre groupe d’étudiants étrangers séjournait à l’Université de Fu Dan : là aussi, le premier matin, quel étonnement de découvrir, depuis la fenêtre de notre dortoir, une « armée de femmes », avançant accroupies en rangs serrés, toutes avec un chapeau de paille pointu sur la tête et de grands ciseaux à la main : elle tondaient manuellement la pelouse. L’image même de la Chine nombreuse et industrieuse, au coeur même du campus !

Enfin, on nous proposa d’aller visiter Hangzhou, par le bus, et une autre surprise nous attendait sur la route : les paysans locaux profitaient du passage des rares cars ou camions qui circulaient alors pour « battre le grain » de leurs céréales. En effet, dans l’attente des véhicules qui allaient passer, ils rangeaient soigneusement leurs gerbes de riz ou de blé sur la chaussée et les engins, en roulant dessus, en foulaient les épis : ils remplaçaient ainsi astucieusement les pieds des animaux des norias traditionnellement employées dans les campagnes.

Trente cinq ans passés et dix voyages en Chine plus tard, quelles différences ! La Chine rurale d’hier a véritablement réussi un nouveau « grand bond en avant », et est entrée de plain-pied dans la civilisation industrielle et urbaine.

Là-encore, trois anecdotes peuvent en témoigner :

Au printemps 2016, lors d’une mission d’enseignement du FLE (Français Langue Etrangère), je me trouvais à la bibliothèque de l’Université du Liaoning à Shenyang (au nord-est du pays). Il y avait une exposition-vente de livres. A ma grande surprise, beaucoup de très grandes oeuvres de l’Occident étaient présentées : des savants classiques, comme le physicien Albert EINSTEIN, le psychanalyste Sigmund FREUD ou, bien sûr, l’ économiste Karl MARX… ; mais aussi des auteurs contemporains, comme l’économiste français Thomas PIKETTY ou l’américain MANKIV, le physicien anglo-saxon Stephen HAWKINS, le politologue américain Henry KISSINGER…

Ceci témoigne que la Chine s’ouvre à nouveau largement au monde occidental et assimile à toute vitesse d’autres savoirs que les siens, tout en cultivant d’ailleurs son propre patrimoine : par exemple, le roman « Grenouilles » de l’écrivain MO YAN, prix Nobel, côtoyait le fameux « Da Vinci Code » de Dan Brown… ». Je me suis dit intérieurement « On peut comparer une telle ouverture sur l’Occident à celle de l’ère MEIJI du Japon à la fin du XIXè Siècle. On connaît la place que ce pays a ainsi gagnée dans le monde. Aussi peut-on présager ce qu’il en adviendra de la Chine, mais multiplié par un coefficient 10 ! ».

Les deux autres anecdotes montrent que les changements sont tellement rapides d’une année sur l’autre qu’ ils métamorphosent le paysage urbain et les modes de vie chinois !

En effet, au printemps 2017, de nouveau en mission FLE à Shenyang, j’ai été surpris par l’apparition de nombreux nouveaux vélos, de couleur verte “flashy”. Un collègue m’a dit que ces vélos de location avaient aussi largement conquis Pékin ou les autres centres urbains chinois. Or, si le concept de « vélos partagés » a été emprunté aux grandes villes occidentales (les « Vélib » parisiens…), cependant ils y ajoutent une innovation radicale : les vélos étant connectés et géolocalisés, ils sont à tout moment repérables par la compagnie exploitante et on peut donc les emprunter et les laisser n’importe où, sans la contrainte de devoir les prendre et les rendre à un garage prédéterminé comme en Occident, ce qui en facilite grandement l’usage.

Du coup, la Chine qui était en retard sur ce concept de vélos urbains a aujourd’hui une longueur d’avance en les ayant numérisés par une puce électronique placée sous la selle (Paris en a importé le concept seulement en janvier 2018!). Ensuite, pour disposer de ces vélos, comme chacun le sait ici en Chine mais qui pourra surprendre des Français, il suffit de disposer d’un smartphone : celui-ci permet, via une application dédiée, de scanner la plaque numérique et d’ouvrir le cadenas intégré, ce qui démarre le temps de location, moyennant un prix très modéré (1 yuan soit environ 15 centimes d’€ de l’heure).

Ce paiement par téléphone portable est une autre innovation qui s’est très largement répandue dès 2017, et qui a fait sauter pour les Chinois les étapes du chèque et de la carte bancaire comme moyens de règlement. En effet, une application téléchargée sur votre téléphone vous permet en quelques secondes d’ y incorporer votre compte bancaire, pour ensuite pouvoir effectuer tous vos paiements en scannant les QR code qui ont envahi les étals des grands magasins et même les petites épiceries du coin ! Du coup, la réputation des Chinois ayant sur eux des liasses de billets de 100 yuans pour effectuer leurs gros achats, va rapidement devenir une légende…

En conclusion, la Chine est en passe de rattraper l’Occident. Dans le monde de demain, le leadership chinois concurrencera sérieusement la prédominance américaine !

(Contribution de Armand CHANEL, France)

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