Les enfants et la Chine 儿童看中国

Deux petits Français sur la Route de la Soie (1)

Cet article est disponible en chinois 这篇文章也有中文版本, 法译中丕多妈妈

Si j’aurais su, j’aurais pas venu !

你们好! Je m’appelle Antoine, j’ai 8 ans et demi, j’ai grandi à Pékin mais depuis que ma maman est tombée sur la tête on habite à Zhangye.

Sur la carte de la Chine c’est là, on dirait que c’est gros mais non : Zhangye, c’est tout petit. C’est au fond, tout au fond à l’ouest. Et c’est vraiment, vraiment tout petit.

« On », c’est ma grande sœur (Félicie), Maman (Maman), et puis moi (Antoine). J’ai un grand frère, Gaspard, qui a trop de chance parce que lui, il a même pas été obligé de venir avec nous : il est parti vivre chez son papa au Ghana après les grandes vacances. Gaspard, il a pas le même papa que moi, son papa à lui vit en Afrique, et mon papa à moi il vit à Lyon, et Félicie elle a pas de papa vu que Maman est allée la chercher déjà toute faite dans un orphelinat. Ma mamy elle dit qu’on est la « famille tuyaux-de-poêle », ça veut dire une famille avec plein de bouts de tuyaux rafistolés qui sont pas de la même taille ni de la même couleur. Maman elle dit quand même, faut pas exagérer, c’est pas si compliqué, mais en fait si, un peu des fois. Enfin, c’est ma famille quoi.

Avant, à Pékin, on habitait dans une grande maison avec 3 étages, normal. On avait une Ayi qui nous gardait quand Maman partait faire des affaires ailleurs, et un Shushu qui venait nous chercher en voiture, comme tout le monde. Et puis un jour Maman a dit bonne nouvelle les enfants, on va marcher sur les traces de Marco Polo et vivre plein d’aventures sur la Route de la Soie. C’est à cause de son travail que Maman devait aller dans les champs et à l’usine dans le Gansu. Finie la vie de bureau, elle a dit. Elle a sorti la carte de la Chine, elle a dit regardez c’est là juste à 2000 kilomètres de Pékin, et hop, on a pris deux avions et on a rien eu le droit d’emporter avec nous sauf les legos et tous les tomes de la Cabane magique.

Maman était vachement contente, c’était en septembre, et au début nous aussi on était vraiment contents parce que du coup il y avait plus d’école française. Maman arrêtait pas de dire ça va être vraiment bien, vous allez voir ce que vous allez voir.

Sauf que moi tout ce que j’ai vu depuis l’avion, c’est qu’il y avait rien à voir.

Dans le Gansu il y a rien que de l’herbe et de la terre ! Pas d’immeubles, pas d’autoroute, pas d’embouteillage, rien du tout. Quand on a atterri j’ai dit à Maman, c’est vraiment tout pourri ici. Maman a redit mais non, mais non ça va être super chouette et vous avez beaucoup de chance, tous les petits Français aimeraient être à votre place. Moi je suis sûr que Louis, Alexandre, Elouann et Melvil ils aimeraient pas, mais alors pas du tout, être à ma place.

A l’aéroport, le plus minuscule aéroport que j’aie vu DE TOUTE MA VIE, M. Zhao nous attendait avec son taxi. Il avait l’air très gentil, sauf que nous on comprenait rien de ce qu’il disait, surtout Maman qui est nulle en chinois de toutes façons. Maman nous a regardés en faisant la grimace, elle a dit on va se marrer, mais moi j’ai dit t’es sérieuse, on va pas se marrer du tout.

Quand on est arrivé dans notre nouvel appartement c’était tout vide à part le frigo super moderne et deux chaises toutes neuves (mais vraiment moches, Maman a dit tiens-tiens on dirait le fauteuil d’Emmanuelle, mais je sais pas qui c’est Emmanuelle, peut-être une copine de Maman). Maman était quand même déçue, elle disait c’est dommage l’appartement est trop bien, Félicie et moi on a pas compris parce que justement si c’est bien, c’est bien, c’est pas trop bien ; mais Maman elle aurait voulu que ce soit plus authentique, « comme à la campagne », mais finalement elle a trouvé que la salle de bains sans douche était pas mal authentique et que ça irait très bien comme ça.

On est tout de suite ressorti pour acheter à manger et deux matelas, et dans la rue il y avait des filles partout qui criaient en me voyant et qui voulaient faire des selfies avec moi, et Maman a dit c’est normal, sois gentil, et en plus si ça se trouve ils n’ont pas vu de gens comme toi depuis Marco Polo.

Au supermarché Maman était de plus en plus contente parce qu’on a rempli deux chariots et elle a dû sortir que trois billets, et là elle râlait plus du tout comme à Pékin que ça coûte un bras de manger correctement dans ce pays.

Après on est allé chercher deux matelas tout durs, et on a pris les moins chers du magasin pour pas gaspiller. On est rentré avec M. Zhao et son taxi, et on s’est retrouvé tous les trois tous seuls avec nos matelas durs, le frigo hyper classe et les deux chaises moches et là je me suis vraiment demandé si demain on allait enfin voir ce qu’on allait voir, parce que Félicie et moi on avait juste envie de rentrer à la maison à Pékin.

Et là Maman a dit au fait les enfants, à Zhangye c’est fini, y aura plus de Nutella au petit-déjeuner.

Ah ben vraiment, si j’aurais su, j’aurais pas venu !

(A suivre)

Par Marion Lespine (inspirée par Antoine 8 ans et Félicie 10 ans)

Lien :

Deux petits Français sur la Route de la Soie (2)

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