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Un Québécois à Shenyang

Par 4 décembre 2017 Aucun commentaire
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法译中Mélodie

Notre recevons aujourd’hui le jeune Québécois, Vincent Lassonde, 25 ans, qui nous vient de Montréal. Il suit actuellement des études en Chine en gestion administrative, avec des cours donnés en chinois 

Mon départ de Montréal pour la Chine 

L’une des raisons qui m’ont fait quitter Montréal, je pense que j’avais un petit problème d’intégration au Québec. Depuis mon jeune âge, j’ai toujours eu des relations plutôt tendues avec mes camarades de classe, notamment parce qu’au Québec, les bons élèves se font souvent «écœurer» par la majorité. Par la suite, j’ai constaté que ce type de relations plutôt malsaines déteignait sur d’autres facettes de ma vie. Conséquemment, lorsque j’ai eu 22 ans, j’ai eu l’occasion de faire un échange étudiant en Chine et ce fut un déclic. Par la suite, je n’ai plus jamais regardé en arrière.

La culture chinoise 

Aujourd’hui, je peux dire que ce que j’aime le plus de la culture chinoise est leur attitude face à la réussite académique et aussi, en tant que peuple, leur résilience face à l’adversité. Malheureusement, selon moi il y a aussi certaines lacunes, telles que l’entêtement de plusieurs Chinois et Chinoises à toujours vouloir préserver la sacro-sainte «harmonie» dans leurs relations sociales. C’est parfois difficile de savoir discerner leurs émotions, mais à la longue, je pense que je commence à m’y habituer peu à peu.

De Shenyang à Qinhuangdao

Au départ je n’ai passé que 3 jours à Shenyang, la capitale de la province du Liaoning. En fait, lorsque nous nous sommes enregistrés cette année, les administrateurs s’étaient complètement fourvoyés dans leurs calculs et ils se sont retrouvés avec des centaines d’élèves étrangers en trop. Du coup, ils ont envoyé une partie des étudiants étrangers de trop (le surplus, dont je faisais partie) sur le campus de Qinhuangdao dans le Hebei afin d’apprendre ou d’améliorer leur chinois.

Personnellement, cette année passée ici m’a fait comprendre pourquoi les Chinois tiennent tant à se sauver de cette insipide existence que l’on retrouve dans les villes de petite taille en Chine, surtout lorsque je compare mon année passée ici par rapport à ce que j’ai vécu à Pékin. Je me retrouverai bientôt à Shenyang pour continuer mes études.

Résidant actuellement à Qinhuangdao, je vois très peu d’étrangers qui viennent jusqu’ici (selon mes professeurs, seulement une centaine pour une ville d’un million d’habitants). Ce qui fait que je n’ai presque pas eu de contacts avec la communauté québécoise.

Cependant, lorsque j’étais à Pékin, je m’étais fait deux bons amis Québécois, Nick et Alex, qui ont été vraiment inspirant pour ce qui est de l’apprentissage du chinois. Si mes débuts dans l’apprentissage du chinois ont pu être aussi positifs, c’est en partie grâce leurs précieux conseils et à leur expérience.

Mon entourage chinois sait en général que le Québec est une province francophone du l’Est du Canada. Malgré le décalage culturel, ils prennent quand même la peine de s’intéresser de manière objective à diverses contrées, dont la nôtre. Pour ce qui est des détails cependant, c’est une autre histoire, mais leur culture générale m’a toutefois souvent impressionné.

Les études à l’étranger et l’apprentissage des langues

Ici dans le Hebei, je constate que la très grande majorité des étudiants souhaitent se rendre aux Etats-Unis ou dans le monde anglo-saxon. Je pense que cette tendance est plutôt malheureuse au regard des témoignages d’étudiants chinois ayant vécu aux USA puisque, en dépit des efforts économiques et académiques qu’ils investissent, ceux-ci se frappent fréquemment à un mur quant à leur intégration. Ainsi, ils passent de nombreuses années dans les campus américains sans camarade de classe non-chinois et la plupart sont globalement déçus de leur expérience.

Inversement, je pense qu’il s’agit là d’un bel atout que le Québec possède par rapport au système académique américain offrant l’opportunité d’étudier dans un contexte beaucoup moins hiérarchisé. La ville de Montréal par exemple possède un charme intrinsèque, en particulier pour les jeunes, avec ses bars, sa vie nocturne et sa nature bien préservée, à condition que les étudiants chinois acceptent de sortir de leur zone de confort.

Au final, bien qu’il y ait plusieurs facteurs immuables (coût des études, coût de la vie, emplacement géographique, nombre d’étudiants étrangers), une grosse partie de l’expérience à l’international repose sur l’attitude de l’individu lui-même. Pour moi l’apprentissage de langues étrangères devrait faire partie du cursus de chaque universitaire. Conséquemment, avec un peu de curiosité, ils pourraient tout aussi bien apprendre le français du même coup.
Cuisine québécoise et chinoise

Pour ce qui est de la cuisine québécoise, j’aurais tendance à la comparer avec celle du nord-est de la Chine. Si on fait abstraction du kimchi / 泡菜 et autres légumes marinés, le nord-est de la Chine possède une quantité assez phénoménale de ragoûts, de soupes et bouillons, de légumes racines apprêtés ainsi que brochettes de viandes. Disons que lorsque je veux me rappeler la maison, je me commande un 东北乱炖 (Dongbei Luandun) au boeuf avec haricots verts et pommes de terre à écraser dans le jus de cuisson. Mais bon, peut-être qu’après deux ans, mon cerveau commence à me jouer des tours…

Sinon, je trouve cela quand même fascinant que, même après 2 années, j’arrive encore à trouver une multitude de mets que je n’avais jamais vu jusqu’alors. Pour moi, une caractéristique importante de la culture culinaire chinoise est sa diversité ainsi que le savoir-faire requis pour cuisiner ses recettes. Personnellement, j’ai fait plusieurs rencontres en Chine et j’ai rarement vu quelqu’un ne pas être capable de trouver “chaussure à son pied” lorsqu’il est temps de manger en Chine.

J’aimerais encourager ceux qui, dans nos sociétés, sont considérés comme les «laissés pour compte» à se prendre en main et à changer d’environnement, quitte à faire un choix aussi radical que de quitter son pays. D’autre part, j’aimerais remercier le ministère chinois de l’Éducation d’offrir ce programme de bourses académiques afin de permettre à des universitaires étrangers de s’imprégner de la culture chinoise. En effet, à mon humble avis, ceci constitue une opportunité unique et potentiellement transformatrice.

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