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(60) Bonnet blanc, blanc bonnet

Par 19 novembre 2018 Un commentaire

C’est kif kif, c’est de la même eau, du même tabac, c’est tout comme, c’est du pareil au même, c’est idem, autant d’expressions utilisées couramment pour dire que deux choses, deux textes, deux actions, présentent des ressemblances troublantes au point de les confondre.

Pour ce qui est des individus, on dira à loisir qu’ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, que l’un est le double de l’autre (ou la doublure), que les deux font la paire, qu’on dirait des sosies, des frères jumeaux, des frères siamois (1) . Il est dans ce registre une expression particulièrement intéressante dont le sens premier s’est élargi : c’est « blanc bonnet et bonnet blanc ». Ce n’est pas un Français qui en est l’inventeur mais un Anglais. Son nom: Lewis Carrol alias Charles Lutwidge Dogdson (1832-1898), révérend et prof de maths de son état (2), écrivain à ses heures, père d’ « Alice au pays des merveilles » (3).

Dans « De l’autre côté du miroir » (1871), Alice rencontre deux frères, deux « gros petits bonshommes », bras dessus bras dessous, dont l’un a le mot « bonnet » brodé sur le devant de son col et l’autre le mot « blanc » (en anglais, Tweedledum and Tweedledee). Un drôle de binôme, imprévisible et énigmatique, qui a peut-être inspiré Hergé pour ses Dupont et Dupond, inséparables détectives à chapeaux des aventures de Tintin.

L’immense succès des oeuvres de Lewis Carrol, qui ont traversé les siècles et enchanté les jeunes générations, explique que la formule « bonnet blanc, blanc bonnet », soit encore utilisée de nos jours, par des hommes politiques notamment, pour dire que c’est du pareil au même, que c’est copie conforme, que l’un ne vaut pas mieux que l’autre.

D’où il ressort que Bonnet blanc et Blanc bonnet ont la peau dure. Ils s’invitent régulièrement dans les cénacles et les hémicycles où l’on décrypte les curieux faits et gestes qui ont lieu de ce côté-ci du miroir.

Leçon 60
Dire et écrire
Lewis Carrol n’a pas son pareil pour ouvrir aux enfants les portes d’une quatrième dimension.

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(1) Cette référence date sans doute de la présentation, en France, en 1829, de jumeaux originaires de Siam.
(2) Il est l’auteur, entre autres, d’un « Traité élémentaire des déterminants » (1867) et d’ « Euclide et ses rivaux modernes » (1879).
(3) C’est une jeune écolière, Alice Liddel, née le 4 mai 1852, qui incita le révérend Dogdson à se lancer dans l’écriture d’ « Alice au pays des merveilles ».

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