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120e anniversaire de l’Université de Pékin : au bord du ‘Lac sans nom’

Cet article est disponible en chinois traduit par CHEN Jing 这篇文章也有中文版本, 法译中CHEN Jing

(Contribution de CHEN Jing) Durant mes quatre ans d’études à l’Université de Beijing (Beida) entre 1998 et 2002, j’ai été particulièrement marquée par l’ambiance humaniste et culturelle de ce prestigieux établissement. Les professeurs érudits aux styles variés, où certains s’expriment avec audace, et d’autres font preuve d’une grande humilité ; les (meilleurs) étudiants venus des quatre coins de la Chine sont très actifs et brillants.

A la rentrée de notre 1ère année à la faculté de la Langue et la littérature françaises, nous avons assisté à un discours donné par le directeur de cette époque, un éminent enseignant proche de la retraite. Véritable francophone, il fait vibrer sa lutter pour rouler les « r » à la française même quand il parle chinois ! « Les étudiants de Beida devront porter la conviction de se dévouer à la recherche dans une persévérance permanente. Devenir un simple col blanc d’une grosse société n’est pas un idéal », a-t-il expliqué ce jour-là. Ce discours nous a effrayé pendant un bon moment : d’abord, on avait peur de ne pas arriver à bien prononcer le « r », puis de ne plus savoir parler chinois si on prenait l’habitude de cette articulation, et enfin, pour beaucoup d’entre nous, l’objectif initial était bien de « devenir un col blanc d’une grosse boîte » !

Après quelques cours de base, on nous a demandé de prendre un prénom français. Sans aucune notion sur la coutume, nous nous sommes directement jetés dans les dictionnaires, en pensant qu’on pourrait choisir n’importe quel joli mot au sens positif comme ce qu’on fait en Chine… Nos premiers choix étaient épouvantables : par exemple, une étudiante a jeté son dévolu sur « Crachin », car elle avait dans son prénom de plume, le caractère « 潇 Xiāo » (un caractère poétique décrivant une pluie fine). Entre un sentiment de pitié et un éclat de rire, notre prof nous expliquait que les prénoms français ne s’inventaient pas comme ça…

Le grand privilège des étudiants de Beida est d’avoir une large palette de cours optionnels. De la littérature chinoise à l’histoire de l’art occidental en passant par la musique romantique du 19ème siècle ou encore la communication et la technologie informatique. Et dans les amphithéâtres, nous voyagions entre le passé et le future, de l’Orient à l’Occident. La plupart des élèves étudiant les langues étrangères font valider un double diplôme en sélectionnant les cours d’une façon stratégique. Les plus pragmatiques choisissent naturellement les matières en économie, alors que les « idéalistes » (préférant comme moi les après-midis pénards au bord du célèbre Lac Weiming) se penchent sur les arts. Quelle que soit la spécialité, l’enseignement est basé sur le même principe : « mieux vaut apprendre à pêcher que de donner un poisson ». Ce que les étudiants acquièrent ici, ce n’est pas un simple savoir-faire, mais une clairvoyance, un savoir apprendre, un savoir penser et une grande ouverture d’esprit.

Après mon arrivée en France, Beida reste omniprésente. Du monde diplomatique au milieu scientifique en passant par l’économie et les médias, un réseau des anciens élèves couvrent tous les domaines. Même dans les manuels de chinois utilisés à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), le nom de Beida revient tout le temps. Dans mes activités de traduction et d’enseignement pratiqués depuis plus de dix ans, j’ai enfin compris la passion que notre ancien directeur a tenté de partager dans son discours : à cette époque bruyante où tout va vite, il faut se plonger dans une perpétuelle recherche et une contemplation réfléchie pour pouvoir saisir la beauté de la linguistique. De là, on comprendra enfin que la traduction va bien au-delà des mots alors que les marques culturelles sont gravées dedans.

Invitée par «Chinefrancophonie», je voulais juste vous raconter une ou deux anecdotes à l’occasion du 120ème anniversaire de l’Université de Pékin, sans vouloir être si bavarde. Ceci étant, par rapport aux quatre ans de vie parmi mes plus belles années de jeunesse, ce n’est qu’un petit aperçu des innombrables souvenirs poétiques et plaisants que ce magnifique campus m’a laissés.

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